Lis les 3 premiers chapitres de

Emmène-moi à l'océan



Après le succès de Toi. Moi. Et les étoiles, Nelly Weaver offre une nouvelle grande histoire d’amour avec des personnages toujours aussi forts et attachants !


Venez découvrir les 3 premiers chapitres de Emmène-moi à l'océan !

Prologue

Aiden


Accoudé à la rambarde de ma terrasse, j’observe les vagues déferler devant moi. Je m’imprègne de l’air marin, en appréciant le chant qu’elle entame pour me convaincre de la rejoindre. Elle me veut. Elle me séduit. Tant d’efforts inutiles, je suis déjà conquis. Ça fait bien longtemps qu’elle m’a fait prisonnier de ses filets.


Le moment de la journée que je préfère, c’est celui-là. Celui où je viens la contempler et l’entends m’appeler. Je suis un amoureux de l’océan. Tout mon corps répond à l’appel et les frissons me parcourent en ressentant le besoin de rejoindre les vagues. Je me redresse et attrape ma planche avant de m’avancer jusqu’à elle.


Big Sur est mon paradis. Il s’agit de la plus belle ville de la côte ouest des États-Unis. Enfin, ce n’est que mon avis personnel. Un lieu magique où les falaises surplombent l’océan. Un côté sauvage que je me suis approprié depuis bien longtemps. C’est une ville qui me ressemble. Une ville à mon image. Je ne voudrais vivre nulle part ailleurs.


À mesure que je me laisse emporter par les vagues, l’adrénaline envahit mes veines. Si j’ai toujours été un assoiffé de sensations fortes, j’apprécie néanmoins les moments de calme. Je suppose qu’on finit tous un jour par calmer cette envie furieuse d’aller toujours plus loin. À vingt-quatre ans, je ne suis plus la tête brûlée que j’ai été à une époque, mais si une chose ne changera jamais, c’est bien ce besoin de ne faire qu’un avec l’océan.


Chacun sa came. Certains courent, d’autres s’enferment dans des habitudes qui me vaudraient un bon pétage de plomb. Moi, je communie avec l’océan. Une parfaite osmose dont je ne pourrai jamais me passer. Glisser sur les vagues vous apporte une paix que je n’ai jamais connue ailleurs. Tout votre quotidien n’existe plus. Il n’y a que vous et l’océan.


En sortant de l’eau, j’aperçois Reese assis sur les marches de notre terrasse. Je le rejoins et m’arrête devant lui.


— T’es en retard, j’ai commencé sans toi.


Il n’a pas l’air bien réveillé et avec la tête de zombie qu’il se paye, j’ai bien fait de ne pas l’attendre. La soirée d’hier a été un peu mouvementée, mais il ne pensait tout de même pas qu’il allait s’en sortir comme ça ?


Ce con a atteint l’âge de vingt-cinq ans et avec nos amis, nous lui avons concocté une petite surprise.


Autant dire qu’il en a largement profité. Je crois que c’est bien la première fois que je le vois ramper pour monter l’escalier menant à sa chambre, parce qu’il n’est plus en état de marcher.


Ça faisait une semaine que nous avions prévu de lui offrir une soirée digne de ce nom. Il n’était pas question de faire les choses à moitié et après avoir fait une tournée des bars, nous avons fini dans une boite de strip-tease. Donc, cette soirée, il n’est pas prêt de l’oublier.


Il me fixe comme si j’étais un demeuré et me lance :


— Je ne sais même pas comment j’ai réussi à sortir de mon lit, alors c’est déjà pas mal que je sois ici.


Avec Reese, nous avons pris l’habitude de partager notre passion ensemble de temps à autre. Mais aujourd’hui, je pense qu’il va devoir oublier, au risque de se noyer.


— Et si on zappait notre séance pour une fois ?


Je n’ai aucune envie de le repêcher et lui faire du bouche-à-bouche pour le réanimer.


— J’espérais que tu dirais ça, dit-il d’un ton las.


Je lui donne une tape sur l’épaule et m’installe à côté de lui.


— T’as la tête d’un panda à l’agonie, je préfère ne pas prendre de risque. Alors, la soirée a été à la hauteur de tes attentes ?


Il retrouve une mine enjouée. Son sourire de crétin me fait rire. On dirait qu’il en a bien profité. Moi, j’ai un peu de mal à me souvenir de la fin de la soirée.


— Ça aurait été encore mieux si elle avait accepté de finir la soirée en dehors du club, pouffe-t-il.


Je secoue la tête. Au moins, il n’oubliera pas cet anniversaire de sitôt.


— Et toi ? ajoute-t-il. Tu vas me faire croire que tu n’en as pas fait autant ?


Je ris.


— Je ne me suis pas ennuyé.


Je jette un coup d’œil derrière moi, mais ça a l’air très silencieux.


— Je ne pensais pas te voir avant de partir pour être honnête. Et les autres, ils dorment encore ?


Nous partageons une maison avec deux de nos amis et j’étais le premier debout pendant que ces grosses feignasses ronflaient comme des locomotives. Comme d’habitude.


— En fait, s’il n’avait tenu qu’à moi, je serais encore au plumard, mais Leslie m’a appelé.


Leslie est la sœur de Reese. Un petit bout de femme de vingt-trois ans qui ne perd jamais une occasion de faire sortir son frère de ses gonds. Ils passent leur temps à se chamailler pour un oui ou pour un non. Je les connais depuis assez longtemps pour dire que ça ne date pas d’hier.


Avec Reese, Don et Nate, nous nous connaissons depuis de nombreuses années et déjà à l’époque, Leslie rendait complètement dingue son frère. Mais ça ne les empêche pas d’être aussi très proches.


— Qu’est-ce qu’elle voulait ?


Il me regarde du coin de l’œil, ce qui ne m’inspire rien de bon. Qu’est-ce qu’elle a encore pu trouver pour le faire chier ?


— Elle m’a demandé un service.


Je crains le pire vu sa tête.


— C’est-à-dire ?


— Il y a eu un dégât des eaux dans son immeuble. Elle voudrait qu’on l’héberge le temps que les réparations soient effectuées. Je lui ai dit que je préférais vous en parler avant.


Si ce n’est que ça. Bon, elle va peut-être tous nous rendre dingues, mais avec le risque de se retrouver à la rue, je pense que ça devrait le faire.


— Bien sûr, c’est ta sœur, tu n’as pas à poser la question.


— Ouais, sauf qu’il y a un hic.


— Un hic ?


Il hoche la tête.


— Elle avait trouvé une colocataire depuis deux semaines et la fille n’a nulle part où aller.


Et voilà. Je savais qu’il y avait anguille sous roche.


— Tu la connais ?


— Non, jamais vue, mais elle dit qu’elle est cool.


Mouais, je fais très peu confiance au jugement de Leslie. Il rit en me voyant silencieux, perdu dans mes pensées.


— Voilà pourquoi je veux l’accord de tout le monde.


— Elle n’a vraiment nulle part où aller ?


— C’est ce que dit ma sœur. Elle vient d’arriver en ville et ne connait que Leslie pour lui rendre ce service.


J’ai encore de gros doutes, mais je ne suis pas un connard non plus. Et puis, ça ne devrait pas durer trop longtemps pour un simple dégât des eaux.


— Ok. On va devoir établir des règles par contre. Deux nanas, ça va foutre le bordel.


— Ne m’en parle pas, répond-il en levant les yeux au ciel. Elles ont passé la nuit à l’hôtel. Une canalisation a pété et elles ont dû évacuer en urgence. Si je pouvais faire autrement, je le ferais, mais…


— Ouais, ça me va. Il suffira de s’organiser un peu. Je vais devoir y aller, mais à mon avis, tu peux déjà lui dire que c’est bon. Nate et Don seront forcément d’accord.


~


Ma permanence est terminée. Je quitte le centre où je travaille depuis maintenant trois ans et me mets au volant. Je viens d’enchaîner plus de vingt heures de garde. C’est un des aspects compliqués de mon métier, mais c’est également un travail d’une grande richesse. Je suis éducateur spécialisé dans un centre de réhabilitation pour anciens drogués. Un travail gratifiant, mais épuisant.


Je peine à garder les yeux ouverts sur toute la route. Avec le peu d’heures que j’ai dormi après la fête de Reese, je vais avoir mérité au moins vingt-quatre heures de sommeil. En arrivant devant chez moi, il est à peine cinq heures. Je remarque la voiture de Leslie, ainsi qu’une autre dont je ne connais pas le propriétaire.


Je comprends que nos nouvelles colocataires ont pris place. J’espère que ça ne va pas durer trop longtemps et que la copine de Leslie n’est pas aussi emmerdante qu’elle. Sinon, on est mal.


Je passe la porte sans faire de bruit. Je rejoins la cuisine pour me faire un sandwich avant d’aller dormir. J’ai la dalle et je dors toujours mieux le ventre plein après une permanence.


J’ouvre le frigo, prends ce dont j’ai besoin et me retourne pour tout poser sur la table quand je sursaute face à la silhouette devant moi et en fait tout tomber sous le choc.


C’est. Quoi. Ce. Bordel ?


Deux yeux en amande, un petit minois adorable, une tétine en bouche et un doudou lapin qu’elle serre contre elle, me dit que ça ne peut pas être la copine de Leslie. Je reste interdit devant la fillette, me demandant si je ne suis pas en train de faire une hallucination due à la fatigue. Elle s’est peut-être perdue.


C’est peut-être la fille d’un de nos voisins et elle est entrée en voyant la lumière. C’est sûrement ça. Dites-moi que c’est ça, bordel.


Elle me regarde alors que je ne sais pas encore ce que je dois faire : la virer de chez moi ou appeler la police. Reese n’a pas pu nous faire un coup pareil, donc le plus intelligent serait d’appeler la police.


Avant que je n’aie eu le temps de prendre une décision, la gamine s’avance et arrivée devant moi, arrache sa tétine de sa bouche.


Un filet de bave la relie à elle quand elle dit :


— J’ai envie de faire pipi.


— Bordel, mais tu sors d’où, toi ?


— T’as dit un gros mot. J’ai beaucoup envie de faire pipi.


Quand je la vois se dandiner, je comprends qu’il s’agit d’un cas d’urgence.


— Va aux toilettes.


On est vraiment en train d’avoir cette conversation ?


— J’ai peur toute seule, tu veux bien venir avec moi ?


Ok, là, il va falloir que je comprenne ce qu’elle fait chez nous. Je me racle la gorge et viens m’agenouiller devant elle pour me trouver à sa hauteur.


— Elle est où ta maman ?


— Elle fait dodo. Je vais faire pipi dans ma culotte.


Et là, une flaque se forme sous ses pieds. Je me recule précipitamment. Quand je vois la petite, les larmes aux yeux, je panique. Elle éclate en sanglots et je hurle :


— REESE !


~


— Non, mais tu te fous de ma gueule ? Quand tu m’as dit qu’on allait héberger sa copine, tu n’aurais pas oublié de me donner un petit détail ?


Je n’en reviens pas. Si j’avais encore des doutes, quand j’ai vu la gamine partir en pleurant pour rejoindre l’une de nos chambres d’amis, j’ai dû me rendre à l’évidence. Cette gamine n’étant pas la fille de Leslie – je serais au courant sinon – il s’agit forcément de celle de sa copine.


Reese soupire en se frottant les yeux, alors que je n’ai pas attendu plus longtemps pour aller lui demander des comptes.


— Reese ! je m’exclame pour le secouer un peu.


— Ouais, c’est bon, laisse-moi me réveiller et je vais t’expliquer.


— M’expliquer quoi ? On ne va pas se taper une môme de… quel âge elle a ? Trois ans ?


— Quatre. Et je n’étais pas non plus au courant avant que ma sœur débarque avec elle et sa mère.


J’en étais sûr. Il fallait bien que Leslie trouve encore un moyen de nous emmerder.


— Elle dégage.


Il écarquille les yeux et se lève enfin.


— Aiden, tu n’es pas sérieux ? Ok, Leslie a déconné, mais on ne va pas les foutre à la porte !


Je me frotte le visage. Je suis vanné, j’ai besoin de dormir et je devrais déjà être en train de le faire si tout n’était pas parti en couilles.


— Putain, mais on ne va pas… Ce n’est pas un endroit pour…


J’en perds mes mots avec cette histoire.


— Je te jure que je n’en savais rien. Leslie a eu peur qu’on refuse avant de la rencontrer. Quand je les ai vus arriver… ouais, j’ai été choqué. On en a parlé avec Leslie et elle n’a nulle part où aller. En plus, Lina est sympa et elle avait l’air vraiment mal et…


J’émets un rire.


— Putain, je vais me faire ta frangine.


Il m’assassine du regard et je me dois de préciser :


— Pas comme ça.


Il se passe une main sur la nuque et ajoute :


— On ne peut pas les virer, Aiden. Je sais que ça va être chaud, mais Leslie m’a dit que ça ne durerait qu’une petite semaine à tout casser.


— Elle ne peut vraiment pas crécher ailleurs ?


Il me fait non de la tête.


— Dis à Leslie de rester loin de moi où elle va le sentir passer. Je vais me coucher.


Je sens que je vais regretter d’avoir accepté aussi facilement. En même temps, j’aurais franchement mauvaise conscience de les virer. Putain, ils font chier !


Je traverse le couloir et croise Nate qui sort de sa chambre, sûrement alerté par le bruit. Je le dépasse sans m’arrêter et claque la porte.


Ça aura le mérite de faire comprendre à tout ce monde que j’aurais aimé être mis au courant avant de rentrer. Je me déshabille et m’allonge dans le lit. Je suis bien énervé et le sommeil tarde à venir. Non, mais à quoi elle pensait ? Je vais la tuer. À mon réveil, je vais faire un meurtre.



1

Lina


Quelques heures plus tôt



— Six dollars, s’il vous plait.

L’homme qui me fait face me tend un billet de dix dollars. Son faible sourire marque sa fatigue de fin de journée et je m’empresse de lui rendre sa monnaie. Je ne peux que le comprendre.


Je finis mon service dans une heure et j’en ai plein les pattes également. Je n’ai qu’une hâte, c’est de franchir les portes du Starbucks où je travaille depuis maintenant un mois.


Il me remercie et s’éloigne armé de son café et de sa friandise avant de sortir de la boutique. À cette heure, le calme règne, et ça ne m’aide pas à garder les yeux ouverts. Heureusement, le temps finit par passer. Ça a été long, mais j’ai enfin terminé.


Une fois sur le trottoir, je profite un instant de la vue magnifique qui s’ouvre à moi. Depuis mon arrivée à Big Sur, j’ai l’impression de renaitre. Ça faisait si longtemps que je n’avais pas vu l’océan. Pourtant, la côte pacifique n’a rien à voir avec les plages de Floride où j’ai passé toute mon enfance.


Les paysages sont radicalement différents. Ici, pas de palmier. À la place, ce sont des côtes escarpées, des canyons et des falaises immenses d’une beauté renversante.


Qui ne tomberait pas amoureux d’un tel panorama ? Cette ville a du charme et possède de nombreux atouts qui m’ont persuadée d’y poser mes bagages.


Je ne m’attarde pas plus longtemps et monte en voiture. Il me faut dix minutes pour rejoindre la garderie où Lilly m’attend.


Lilly, c’est mon petit démon. Une fillette haute comme trois pommes qui refuse de quitter son doudou lapin plus de deux minutes d’affilée. À quatre ans, elle m’en fait déjà voir de toutes les couleurs, ce qui ne présage rien de bon pour mon cœur fragile. Mais c’est aussi ce qui m’est arrivé de plus beau dans la vie.


Elle est mon rayon de soleil et malgré une vie un peu chaotique, je crois que nous nous en sortons plutôt bien. 

Lorsqu’elle m’aperçoit franchir les portes, elle abandonne la table où elle était installée à dessiner et vient se jeter dans mes bras. Mon cœur fait un bond de voir combien un si petit être peut vous combler autant de bonheur et rendre votre vie plus belle.


— Maman !


Je la serre contre moi pour m’imprégner de son odeur. J’en oublie ma journée éreintante, mes pieds douloureux, la sensation de faim qui me tiraille le ventre.


— Ça a été aujourd’hui ?


Elle hoche la tête quand la responsable de la garderie s’avance vers moi. Vu la mine qu’elle arbore, j’ai comme l’impression que cette conversation ne va pas me plaire. Ce qui est souvent le cas. Lilly a tendance à se faire remarquer régulièrement, mais je crois aussi que cette femme ne m’aime pas beaucoup.


Je me demande d’ailleurs si elle sait sourire. Elle a toujours cette expression à vous donner envie de partir en courant. Malheureusement, je ne peux pas faire autrement. J’ai déjà eu beaucoup de chance d’avoir trouvé un endroit pour faire garder Lilly après l’école. La mine crispée, les cheveux parfaitement lissés et les ongles manucurés, je me demande si elle ne se serait pas trompée de métier.


Quand elle s’arrête face à moi, je repose Lilly qui baisse les yeux sur ses chaussures avec une mine fautive. Elle a l’air parfaitement au courant de ce qui s’annonce.


— Mlle Banks, je peux vous parler quelques minutes ?


J’acquiesce et elle ajoute :


— Lilly s’est fait punir aujourd’hui. Elle a mordu un garçon et a refusé de s’excuser.


Je jette un coup d’œil à Lilly.


— Tu as mordu un garçon ?


Elle observe la femme avant d’affirmer :


— C’est bien fait pour lui.


Si je doute que Lilly ait agi de la sorte sans raison valable, je vais pourtant devoir tenter de calmer la situation. Si elle me dit qu’elle ne veut plus prendre en charge Lilly, je ne sais pas comment je vais faire pour la faire garder.

Je me contiens, parce que si j’ai bien appris une chose à ma fille, c’est de ne pas se laisser faire. Et ces paroles m’indiquent clairement que son geste était une remise au point.


— Qu’est-ce qu’il avait fait ? je lui demande.


— Il me tire tout le temps les cheveux et il dit que je suis un bébé !


Je prends une grande inspiration en me retenant de lui dire qu’elle a bien fait et qu’il ne devrait plus l’embêter maintenant.


— Ce n’est pas une raison pour mordre. Si tu as un problème, tu dois le dire à un adulte.


— Je l’ai dit, répond-elle en croisant les bras, mais il a dit qu’il s’en fichait de se faire gronder.


Ok, il le méritait alors. Je reporte mon attention vers la femme qui n’a pas l’air convaincu par ma tentative de remonter un peu les bretelles de ma fille.


— Je vais lui en parler, ça ne se reproduira plus.


— Ça serait bien en effet, avant qu’un accident arrive.


J’en reste bouche bée.


— Vous n’insinuez tout de même pas que Lilly est violente ?


Bon d’accord, il y a eu quelques petites altercations, mais de là à me sortir une énormité pareille !


La femme m’offre un sourire forcé et là, je vois le truc arriver avant même qu’elle ne prononce un mot. Ce n’est pas la première fois que je croise cet air supérieur.


— Je comprends que ce n’est pas facile Mlle Banks, vous êtes jeune et…


— Je sais parfaitement m’y prendre avec Lilly, je n’ai aucune leçon à recevoir.


Et voilà, elle a réussi à me mettre en pétard. J’en ai plus qu’assez qu’on me sorte cette excuse à tout va. J’ai peut-être vingt-deux ans, mais je ne suis pas incompétente pour autant.


— Il n’empêche, reprend-elle, élever un enfant seul n’est déjà pas évident, alors c’est compréhensible qu’à votre âge, vous…


Lina, ne la frappe pas.


— J’ai saisi. Merci, nous allons devoir y aller.


J’attrape la main de ma fille et me retourne. Si je reste, je vais lui envoyer un tas de vacheries à la figure. Il est bon pour tout le monde que je ne poursuive pas cette conversation.


Je l’entends émettre un rire condescendant, mais j’ai déjà passé la porte et heureusement pour elle, car j’ai juste envie de lui faire bouffer sa perfection.

 

En arrivant à la voiture, je fais grimper Lilly à l’intérieur. Quand je me mets au volant, Lilly me dit :


— Tu vas me punir ?


Je soupire et me retourne vers elle.


— Non, mais trouve un autre moyen la prochaine fois. Si cette dame décide de ne plus te prendre à la garderie, on va être obligées de repartir. Alors essaye de l’éviter ce garçon.


Ses yeux s’attristent et elle hoche la tête. L’idée de reprendre la route ne plait ni à elle ni à moi. Ça fait longtemps que nous avons oublié ce que ça faisait d’avoir un vrai chez nous.


Nous ne restons jamais plus de quelques mois au même endroit. Nous naviguons sans arrêt de ville en ville pour que je puisse trouver un travail et assurer le quotidien.


Sans compter que Lilly adore la mer et que c’est à sa demande que j’ai décidé de nous arrêter dans cette ville pour profiter de l’océan.


— D’accord.


Il n’y a plus qu’à croiser les doigts.


Je mets le moteur en route et nous rejoignons le petit appartement que nous occupons depuis peu. Après avoir passé un mois dans un motel, cela fait du bien d’avoir un espace qui ne comprend pas uniquement une chambre minuscule.

Je m’arrête face aux grands bâtiments de briques rouges.


C’est une construction un peu vieillotte, mais très agréable à vivre de ce côté de la ville.


En sortant de la voiture, Lilly se met à se dandiner sur le trottoir.


— J’ai envie de faire pipi.


Ok, situation d’urgence.


— On y est presque.


Je referme la portière et lui attrape la main en trottinant vers le hall. Une fois devant l’ascenseur, ses gesticulations m’indiquent que ça ne va pas être assez rapide.


— On va prendre l’escalier.


Il y a deux étages à monter et malgré les douleurs musculaires de fin de journée, je lutte pour pouvoir arriver à destination avant une catastrophe.


Devant notre porte, je pose Lilly par terre et me débats avec mon sac pour trouver les clés.


— Merde !


— Gros mot, lâche Lilly en dansant d’un pied sur l’autre.


La porte s’ouvre au même moment et ma chère colocataire apparait sur le seuil avec un large sourire. Lilly n’attend pas une seconde de plus et se rue à l’intérieur. Leslie la regarde passer et se tourne vers moi.


— Envie pressante, je lui explique.


Elle se met à rire et s’écarte pour me laisser entrer.


— Très pressante alors.


Malgré le fait que nous ne nous connaissions qu’à peine, les quelques jours passés avec Leslie depuis l’emménagement m’ont permis de découvrir une personne d’une grande gentillesse. Et puis, c’est un amour avec Lilly. Lorsque je suis venue postuler pour l’annonce de collocation, je n’y croyais pas vraiment.


Avoir un enfant en bas âge ne facilite pas les choses. Mais elle a tout de suite été très accueillante et m’a assurée que ça ne lui posait aucun problème. Ce qui m’a arrangée. En partageant les frais du loyer, je vais pouvoir économiser et mettre de l’argent de côté. Je crois aussi qu’elle a été touchée par ma situation. Si je déteste inspirer la pitié, elle ne m’a pourtant pas donné cette impression.


Je suis ravie d’être enfin rentrée et m’affale sur le canapé.


— Je viens de me faire traiter de mauvaise mère par la responsable de la garderie. Je crois que si les places n’étaient pas aussi difficiles à trouver, je lui aurais foutu un pain.


Leslie me rejoint, l’air hagard.


— T’es sérieuse ?


Je hoche la tête.


— Un p’tit con emmerde Lilly en lui tirant les cheveux et la traite de bébé. Elle l’a mordu et résultat, c’est elle la fautive. Moi, j’avais juste envie de l’applaudir. Je crois qu’elle l’a senti.


— Bah, laisse courir. Au moins maintenant, le gamin sait à quoi s’en tenir.


— Ouais, mais ça fait mal. Si j’ai bien horreur d’une chose, c’est quand on me prend de haut pour me dire comment élever Lilly.


— Il y en aura toujours pour trouver à redire. Ignore-là, elle se lassera toute seule.


Espérons-le.


Son portable sonne. Elle y jette un œil avant de se mordre la lèvre.


— Quoi ?


Elle relève les yeux et demande :


— Ça te dirait de sortir ce soir ?


Et le moment tant redouté arriva. Si j’ai terriblement envie de lui crier OUI, ça fait bien longtemps que c’est une chose qu’il ne m’est plus possible.


— Et je fais quoi de Lilly ?


— Je savais que tu dirais ça.


Je ris.


— Vas-y, toi. Ne t’embête pas pour moi.


— Tu es sûre ?


— Leslie, je suis la mère célibataire. Toi, tu sors et tu t’amuses pour deux en pensant à moi.


Elle soupire, l’air contrarié.


— Ok, mais il faudra qu’on s’organise un truc un soir.


— Lilly, j’insiste.


— Baby-sitter, renchérit-elle.


Je ne lui réponds pas. J’avoue n’avoir jamais confié Lilly à quiconque à part des nounous, garderies ou écoles et je ne suis pas franchement à l’aise avec cette idée.​


Je me redresse et lui demande :


— Je peux te poser une question, Leslie ?


— Bien sûr, dit-elle tout en pianotant sur son téléphone.


— Pour être honnête, quand je suis tombée sur ton annonce, je n’y croyais pas du tout. Alors… pourquoi m’as-tu acceptée ? Tu aurais pu trouver n’importe qui d’autre, sans un petit lardon qui se réveille à l’aube.


— Je suis pas un lardon.


Je pouffe de rire en voyant Lilly revenir, la jupe complétement à l’envers.


— T’as la classe, ma puce.


— Ouais, dit-elle.


J’adore ma fille.


Une fois Lilly rhabillée correctement et partie jouer dans notre chambre, je me retourne vers Leslie, alors qu’elle ne m’a toujours pas répondu.


Elle réfléchit une minute de plus et finit par dire :


— J’avais une coloc avant toi. Domi. Elle était sympa, mais un peu trop fêtarde. J’ai pris un moment sur moi, mais le soir où je suis rentrée et que j’ai découvert qu’elle avait transformé mon appartement en rave party, j’ai explosé.


— Je vois.


— Oh non, tu ne vois pas. J’ai trouvé plusieurs couples dans mon lit, des fluides dont je tairai le nom dans mon évier et je te passe les détails de la salle de bain. Alors toi, quand je t’ai vue avec Lilly, c’était la garantie que ce genre de chose n’arriverait plus.


J’éclate de rire. Mon dieu.


— Ah ça, c’est ce que tu crois ! Tu ne me connais pas encore assez pour en juger.


— Je vais me fier à mon feeling.


Quelques heures plus tard, Lilly est couchée, Leslie est partie et j’ai décidé de faire le truc le plus fou qui ne m’est pas arrivé depuis très longtemps. Un bain !


Ne riez pas, je suis tout à fait sérieuse. Et je n’ai pas fait les choses à moitié. Le flacon de mousse y est pratiquement entièrement passé et j’ai entouré la baignoire de bougies afin de donner une ambiance tamisée à mon petit plaisir.


J’avais envie de bulles également, mais je n’ai pas osé ouvrir une des bouteilles que garde Leslie dans son placard. Je me suis donc contentée de vider une brique de jus de pomme de Lilly dans une coupe. On va faire comme si.

Ajoutez à ça un bon livre et je crois que je vais passer toute ma nuit ici. Et voilà, ce que j’appelle, une soirée réussie.



2

Lina



— Maman !


Le cri de Lilly me fait sursauter. Je regarde autour de moi, essayant de retrouver une vision moins floue, alors que je sens le petit corps de ma fille contre moi. Elle agrippe mon bras et tremble comme une feuille.


— Qu’est-ce qui se passe ?


— On va mourir !


— Lina !


Ok, un truc cloche et il va vraiment falloir que j’émerge. Le cri de Leslie est vite suivi par la porte de ma chambre qui s’ouvre à la volée.


— Il faut qu’on sorte.


Est-ce que quelqu’un va finir par m’expliquer ce qui se passe ? C’est à ce moment précis que je perçois ce bruit. Un petit clapotement à chaque pas que Leslie produit en s’avançant vers le lit. Je regarde le sol et découvre, horrifiée, que notre appartement s’est transformé en piscine.


— On est inondées !


— Sans blague, répond Leslie. Bouge-toi, ils sont en train d’évacuer tout l’immeuble !


Lilly se met à sangloter et je comprends qu’il est temps d’agir. Je la porte sur moi et descends du lit. Au contact froid de l’eau glacée qui remonte jusqu’à mes chevilles, j’émets une plainte. C’est quand même bien ma veine. Deux semaines que nous sommes ici et déjà les ennuis commencent.


En sortant de la chambre, je trouve la porte de l’appartement grande ouverte. Les cris et les bousculades que j’aperçois me font froid dans le dos. Comment ai-je pu ne pas entendre un vacarme pareil ? Un homme passe le seuil au moment où nous nous approchons et nous dit :


— Emportez le strict minimum. Vous pourrez revenir plus tard pour le reste. Pour le moment, il faut évacuer au plus vite.


Leslie acquiesce et une fois qu’il est reparti, me précise :


— C’est le gardien, donne-moi Lilly, je vais la faire descendre. Toi, tu prends ce que tu peux et tu me rejoins en bas.


— Et toi ?


— Je me débrouillerai, ne t’inquiète pas.


Je la remercie et lui confie Lilly qui se met à pleurer de plus belle. Je lui assure que je fais vite alors que son cri de terreur me ronge l’estomac. Elles passent la porte et je retourne dans ma chambre. Heureusement, ma valise était au-dessus du placard et je la pose sur le lit avant d’y mettre autant d’affaires que possible.


J’attrape également le doudou de Lilly et tente de mettre ce que je peux encore sauver en hauteur. J’emporte quelques objets qui me sont chers et me rends dans la chambre de Leslie. Je suppose qu’elle ne m’en voudra pas de pénétrer dans son intimité et attrape quelques vêtements dans son placard. Je les ajoute dans ma valise et la referme. Je n’oublie pas de récupérer mon sac et passe enfin la porte.


Dans la cage d’escalier, c’est la panique. Évidemment, l’ascenseur a été condamné. Je croise plusieurs habitants de l’immeuble qui tentent de se frayer un passage pour sortir d’ici au plus vite, pendant que l’eau coule à flots dans une cascade qui dévale les marches. Des hommes en uniforme de pompier aident les personnes à descendre sans encombre et je frissonne à l’idée que Leslie ait dû sortir avec Lilly dans les bras dans ce chaos.


Lorsque j’arrive dehors, je les cherche des yeux et les aperçois sur le trottoir d’en face. Je traverse la rue et pose ma valise avant de reprendre Lilly qui ne s’est toujours pas calmée. Je suis encore pieds nus, tout comme Leslie et n’ayant pas eu le temps de nous changer, je porte uniquement ma chemise. Merde, j’ai oublié des chaussures.


Lilly sanglote dans mon cou et je tente de la rassurer avant de demander à Leslie.


— Tu sais ce qui se passe ?


— D’après ce que j’ai entendu, une canalisation a pété. Le problème c’est que c’est un vieux bâtiment et que ça a provoqué une réaction en chaine.


— Génial.


Je dois avoir la poisse. Pile quand nous sommes installées et que nous avons un vrai chez nous digne de ce nom, il faut qu’un truc pareil nous tombe dessus. C’est vraiment parfait.


— Je t’ai pris quelques affaires au cas où tu ne pourrais pas remonter.


— T’es mignonne, dit-elle.


— Tu rigoles ? Si j’avais été toute seule, je ne sais pas comment j’aurais fait avec Lilly. Merci Leslie.


Elle secoue la tête.


— C’est normal. Bon, allez viens. Elle est crevée et je crois qu’elle a eu assez d’émotions fortes pour ce soir.


~


Nous avons passé la nuit à l’hôtel. Cas d’urgence, nous n’avons pas eu beaucoup le choix. Alors ce matin, j’ai embarqué Lilly pendant que Leslie dormait encore pour aller constater les dégâts.


Devant l’immeuble, j’aperçois le gardien qui discute avec un homme. Je descends de la voiture, accompagnée de Lilly et traverse la rue pour les rejoindre. Au moment où j’arrive à leur hauteur, ils se serrent la main et l’homme s’éloigne vers une camionnette.


— Bonjour, je dis au gardien.


Il se tourne vers moi et réponds.


— Mlle Banks, si je ne me trompe pas.


— C’est bien ça. Je suis venue aux nouvelles.


Il semble ennuyé et jette un œil à l’homme avec qui il discutait quelques secondes plus tôt.


— Il y a beaucoup de dégâts, mais on a échappé au pire. On a évité le court-circuit, ce qui est une bonne chose.


Une sueur froide m’envahit.


— Il y a eu des blessés ?


— Une, très légère. La vieille madame Kills au deuxième. Elle a pris peur et a glissé dans la cage d’escalier. Heureusement, les pompiers ont été prévenus très vite et ils ont réagi rapidement.


Je repense à Leslie descendant avec Lilly dans ses bras. Si j’avais dû évacuer toute seule, ça aurait été beaucoup plus compliqué et on peut dire que mon amie a assuré.


— Toute l’installation est à changer, continue-t-il. L’entrepreneur ne m’a pas donné de date précise, mais il estime les travaux pour une durée de trois mois.


— Trois mois ?


Il hoche la tête, l’air désolé. Trois mois au motel ? Nous allons nous ruiner.


— Et il n’y a pas de solution de rechange ?


— Il y a un hébergement d’urgence qui a été installé un peu plus loin dans un gymnase. Certains sont allés dans les différents hôtels de la ville et nous avons commencé à entamer des recherches pour trouver des hébergements temporaires. Vous n’aurez rien à payer en attendant, mais… je n’ai rien d’autre à vous proposer pour le moment.


C’est une catastrophe.


— Si jamais ça peut vous rassurer, dit-il en observant Lilly, si nous trouvons quelque chose vous serez sur la liste des prioritaires avec un enfant, mais vous n’êtes pas la seule, donc…


Je détourne les yeux vers la rue en serrant les dents. Qu’ai-je bien pu faire dans une ancienne vie pour que ça me retombe dessus ?


— Merci, je lui réponds avec un goût amer dans la bouche. Est-ce qu’il est possible d’aller constater les dégâts et récupérer quelques affaires ?


Il acquiesce. Il prend la marche et nous le suivons dans le hall. À chaque pas, j’ai l’impression de revoir les événements de la veille. Les gens qui criaient, les personnes qui tentaient de sortir dans la panique. Pauvre madame Kills. Je ne la connaissais pas, mais je n’ose imaginer la peur qu’elle a dû ressentir. Moi, je n’étais pas seule au moins.


En entrant, je reconnais à peine la pièce où je me trouve. Le petit appartement cosy que j’ai connu a laissé place à un champ de bataille. Lilly me serre la main si fort que je comprends qu’elle non plus n’est pas insensible à ce que nous avons vécu. Les meubles sont tous foutus.


Heureusement, ça sera à la charge du propriétaire vu que c’était un appartement meublé. Je me rends dans notre chambre pour découvrir un nouveau désastre. Tout est sens dessus dessous. Je ne m’éternise pas et me contente de récupérer ce que je peux sauver. La bonne nouvelle c’est qu’à force de passer notre vie à voyager, on ne s’encombre pas de choses inutiles.


Quand je ressors, mon ventre est complètement noué. Je regarde Lilly qui m’offre un faible sourire. Je garde la face alors que j’ai envie que le sol s’ouvre pour m’engloutir. Pour de nouveau ne pas être à la hauteur. Peut-être qu’au fond, cette femme à la garderie n’avait pas tort. Peut-être que je suis la pire mère au monde.


La main de Lilly se serre dans la mienne et elle me dit :


— Je m’en fiche, il n’était même pas beau cet appartement.


Un rire m’échappe, en même temps qu’une larme qui coule le long de ma joue. Je la soulève et passe une de ses mèches derrière son oreille.


— Il était super moche, je lui dis. Ils vont le réparer et ensuite il sera encore plus beau.


Son sourire s’agrandit.


— Ouais.


Et voilà comment une simple petite fille de quatre ans a réussi à me redonner le sourire dans une situation qui ne m’inspirait que le désespoir.


~


Je ferme le coffre en demandant :


— Tu es sûre que ça ne lui pose pas de problème ?


Lorsque je suis rentrée et que j’ai tout expliqué à Leslie, celle-ci a contacté son frère pour solliciter un coup de main. Quand elle m’a dit qu’il était d’accord pour nous héberger, j’ai été à la fois mal à l’aise et soulagée.


— S’il n’avait pas été d’accord, il me l’aurait dit. Alors, arrête de t’inquiéter. Je pars devant, tu n’auras qu’à me suivre, ce n’est pas très loin.


Bon, eh bien c’est parti.


Je me retrouve au volant et suis la voiture de Leslie quand Lilly demande :


— On va où ?


— Chez le frère de Leslie.


— Il s’appelle comment ?


— Aucune idée. Mais je suis sûre qu’il est très gentil, je lui dis pour la rassurer.


Nous tournons à plusieurs reprises quand nous pénétrons dans un petit quartier qui longe la plage. Je sens l’angoisse monter. Je n’aime pas beaucoup ça. Je ne tiens vraiment pas à m’imposer avec Lilly, mais je sais déjà que je pourrais dire ce que je veux, Leslie ne me laisserait pas faire demi-tour.


Elle a été intransigeante ce matin et cela la rend encore plus adorable à mes yeux. Nous dépassons plusieurs habitations et enfin, nous pénétrons dans une allée. La maison est un peu à l’écart des autres. Quand je m’arrête, je me demande si Leslie ne se moquerait pas de moi.


Cette maison est vraiment très grande. Je m’extirpe de la voiture, au moment où Leslie ouvre mon coffre pour en sortir la valise.


— Il vit là ?


— Oui, avec trois de ses amis.


— Attends… je pensais qu’il vivait seul.


— Non. Ils font une sorte de colocation. Il y a mon frère Reese, Aiden, Don et Nate.


— Et tu n’as pas jugé utile de me prévenir avant ?


— Ils sont sympas, tu n’as rien à craindre.


Elle pose la valise au sol et referme le coffre pendant que je sors Lilly de son siège. La maison est pratiquement sur la plage et l’allée est un chemin sablonneux qui donne encore plus de cachet à la demeure. C’est une habitation plutôt moderne avec de larges fenêtres qui doivent permettre une grande luminosité.


Sur la droite, j’aperçois une terrasse sur le toit avec des meubles de jardin. Ça doit vraiment être super pour profiter d’un bain-de-soleil. Le son des vagues résonne au loin et je hume cette odeur que j’apprécie tout particulièrement en oubliant le désastre de cette nuit mouvementée.


Je n’ai malheureusement pas le temps de m’y attarder que la porte s’ouvre. Lorsque j’aperçois trois silhouettes sur le seuil, je reste immobile en sentant l’angoisse monter. Lilly m’enserre le cou en ressentant ce même sentiment. À l’instant où je vois les trois hommes se figer devant nous, je comprends qu’il y a un problème.


Leslie s’avance vers eux, trainant la valise comme elle le peut en s’écriant :


— Hey, venez m’aider ! Ça pèse une tonne !


Je ne bouge pas. Je peux sentir leurs regards sur moi. Sur Lilly. Leurs silhouettes élancées semblent gravées dans le marbre et je me demande s’ils respirent encore. Lorsque Leslie comprend qu’ils n’ont pas l’intention de l’aider, elle abandonne la valise et les rejoint avec rapidité.


— Qu’est-ce qu’elle a fait ?



3

Lina


Présent



— J’ai pas fait exprès maman, promis. J’ai dit au monsieur que j’avais envie de faire pipi, mais il a pas voulu venir avec moi.


Lilly fond en larmes et je la prends dans mes bras. Elle sanglote et je m’en veux une fois de plus de lui donner autant de soucis.


— Ce n’est rien ma chérie, ça va aller.


— Il a crié très fort. Il est en colère contre moi ?


Je passe une main dans ses cheveux et lui dit :


— Non. Il n’est pas en colère, mais tu aurais dû me réveiller, je serais venue avec toi.


Elle hoche la tête contre mon épaule et je la berce encore quelques minutes pour sécher ses larmes. Quand je vois qu’elle s’est calmée, je la porte dans mes bras et lui dis :


— On va aller nettoyer et ça sera oublié, d’accord ?


En tout cas, il faut l’espérer. Ça ne m’étonnerait pas qu’on nous demande de partir après avoir entendu les cris dans la chambre d’à côté. Si je ne me trompe pas, il doit s’agir d’Aiden.


Celui qui manquait à l’appel depuis notre arrivée et il n’a pas apprécié l’intervention de ce matin. J’en veux à Leslie. Je n’ai pas mis longtemps à comprendre qu’elle avait oublié de leur dire que j’avais une fille dans mes bagages. Les visages horrifiés suffisaient à traduire ce que je redoutais.


Se retrouver mère célibataire n’est déjà pas évident, mais quand en plus vous faites office de bête curieuse, cela n’arrange rien.


Je pars dans la salle de bain et fais la toilette à Lilly qui affiche un visage plein de culpabilité. Je ne sais pas comment lui dire que nous allons encore devoir déménager. Je doute que nous soyons toujours les bienvenues. Nous retournerons à l’hôtel le temps que les réparations soient faites. Toutes mes économies risquent d’y passer, mais quel autre choix avons-nous ?


Une fois Lilly propre et changée, nous redescendons au rez-de-chaussée. Leslie et Reese sont debout et leur conversation se stoppe lorsqu’ils me voient. Mon ventre se tord en sentant la petite main de Lilly se crisper sur la mienne. Elle avait déjà peur hier de tous ces nouveaux visages, mais ça n’a rien arrangé.


Je lui propose d’aller dans le salon et se mettre un dessin animé afin d’avoir une conversation avec Reese et Leslie. Une fois qu’elle est partie, je m’avance vers eux et leur dis :


— Toutes mes excuses. Je ne voulais pas…


— Ce n’est rien, me dit Leslie. Aiden est un con, mais ce n’est pas sa faute, il est né comme ça.


— Il l’aurait sûrement beaucoup mieux pris si tu n’avais pas décidé de nous mettre dos au mur ! s’exclame Reese.


— Et si je te l’avais dit, tu m’aurais dit non !


— Je ne suis pas tout seul, Les ! Don, Nate et Aiden, ont le droit de…


— Je peux intervenir ? je leur demande.


Ils se tournent tous les deux vers moi.


— Je rentre à l’hôtel.


— Mais…


— Non, Leslie. Ce n’est pas grave. Je comprends que ton frère et ses amis ne soient pas à l’aise et je ne veux pas être un poids.


— Écoute Lina, dit Reese, je vais parler à Aiden. Il a juste été surpris. Il n’est pas aussi con que ma sœur veut te le faire croire.


— Je n’y tiens pas, je lui réponds. C’était très gentil de m’accueillir, mais je préfère qu’on en reste là.

Leslie essaie encore de me convaincre, mais ma décision est prise.


— Mais ils ont dit qu’il y en aurait au moins pour un mois !


Reese se tourne vers sa sœur.


— Un mois ! Mais tu m’as dit que c’était juste l’histoire de quelques jours !


Eh bah, ils ne vont pas être déçus du voyage. Je ne sais pas ce qui me retient de tout leur avouer.


— Ce n’est pas moi qui ai pété la canalisation, qu’est-ce que j’y peux !


J’en profite qu’ils sont trop occupés à se chamailler pour regagner la chambre. Au moins, je n’ai pas beaucoup d’affaires à remballer.


— Lina…


Leslie passe la porte avec une expression coupable.


— Arrête Leslie, s’il te plait. Tu m’as déjà mise dans une situation délicate. C’était très gentil de ta part, mais je préfère qu’on limite les dégâts.


Elle prend une mine fautive.


— Je suis désolée.


— Ce n’est rien.


Elle a enfin compris que je ne tenais pas à m’imposer plus longtemps.


— Quelques jours ? je lui demande avec malice.


Elle se pince les lèvres.


— Ils sont durs à convaincre, j’ai appris comment m’y prendre avec eux.


— Ils vont te tuer.


— D’ici là, j’aurai sûrement trouvé autre chose pour leur faire oublier.


Lorsque je redescends, je découvre Lilly à rire avec Nate. De tous les garçons, c’est bien celui qui l’a mieux pris. Il est, je pense, tombé sous le charme de Lilly, ce qui l’a aidé à accepter la situation. En apercevant ma valise, il soupire.


— Reste, Lina. Aiden s’y fera.


— Pas moi. Je pars, mais si tu veux venir voir Lilly de temps en temps, tu es le bienvenu.


Il m’offre un large sourire. Je savais que Lilly y était pour beaucoup. En tout cas, Leslie est bien entourée.

Nate se lève et ajoute :


— Et toi, passe quand tu veux aussi.


— Je ne suis pas sûre que votre ami ait apprécié ma visite.


— Non, Aiden n’est pas méchant. On aurait dû le prévenir avant qu’il ne rentre. En fait, j’aurais bien aimé voir sa tête quand il a rencontré Lilly.


Il rit tout seul avant de répéter :


— Donc, passe quand tu veux.


— Merci.


Quand j’aperçois Reese nettoyer la cuisine, je comprends que j’ai oublié de chercher où avait eu lieu l’incident.


— Oh, Reese, excuse-moi.


— C’est bon, j’ai fini, y’a pas de mal.


Je soupire en sentant le malaise s’intensifier. Comment ai-je pu une minute imaginer que ça pourrait fonctionner ? Je les plains. Quatre célibataires qui se retrouvent envahis par une sœur à moitié folle et une mère avec sa fille dont ils ne connaissent rien. Non, ce n’est pas possible.


Je le rejoins, morte de honte, et lui prend le seau des mains.


— Je ne sais pas quoi te dire Reese, vraiment, je me sens terriblement mal.


Il rit.


— Explique à ma sœur ce que c’est que d’avoir une conscience, c’est plutôt à elle de se sentir mal.


Je lui offre un sourire forcé avant d’aller vider le seau dans l’évier. Quand je me retourne, Reese me dit :


— Mais tu n’es pas obligée de partir, Lina.


— Je préfère. Je suis ici seulement depuis une nuit et j’ai déjà mis le bazar. C’est mieux comme ça.


Je ne lui laisse pas le temps de répondre et pars retrouver Lilly. Lorsque je m’agenouille devant elle, je vois qu’elle a compris.


— On va devoir y aller, ma puce.


Elle me fixe sans sourire.


— On ne va pas loin. On va simplement dormir à l’hôtel avant de pouvoir retourner à l’appartement.


J’insiste sur le fait que nous ne partons pas très loin. Ces dernières années ont été compliquées. Nous avons dû bouger au rythme des emplois qui s’offraient à moi.


À chaque fois qu’un contrat se finissait, il fallait déménager pour retrouver un travail au plus vite. Alors quand le dernier s’est terminé et que Lilly m’a dit qu’elle voulait voir la mer, c’était l’occasion de lui offrir ce petit privilège.


— Pourquoi ? C’est bien ici. En plus, Nate il a dit qu’il m’apprendrait à nager dans la mer !


Je jette un œil à Nate, qui rit en haussant les épaules.


— On verra, mais on ne peut plus dormir ici.


Évidemment, je me dois d’insister encore un peu avant qu’elle ne daigne comprendre qu’elle ne va pas avoir le choix. Nate me propose de porter ma valise jusqu’à la voiture. Reese et Leslie nous accompagnent et une fois Lilly dans son siège auto et le bagage dans le coffre, je me retourne vers eux.


— Je m’excuse encore pour tout ce désagrément.


— Tu peux rester, insiste Leslie.


— Non, je ne peux pas.


— Bien sûr que si, reprennent Reese et Nate en chœur.


Je souris.


— Vous êtes vraiment gentils. J’espère qu’on aura l’occasion de se revoir.


— La porte te sera toujours ouverte, me dit Reese.


Je les salue et entre dans ma voiture. Lorsque je démarre, je me force à ne pas laisser mes émotions prendre le dessus. Je pensais que venir vivre à Big Sur serait le signe d’un nouveau départ et j’y ai vraiment cru. Mais je me rends compte une fois de plus que rien n’est jamais gagné. Au moins, ce n’est qu’une situation temporaire.


Peut-être mettront-ils moins de trois mois pour les réparations.


Lorsque j’arrive à l’hôtel, le réceptionniste me reconnait et semble étonné de ma présence. Je ne m’allonge pas sur les détails et lui demande une chambre dont je paye la première semaine d’avance. Ça va vraiment représenter un gouffre financier.


Avec ce que je vais gagner au Starbucks, il y a intérêt que les choses se règlent au plus vite. Lilly n’a pas l’air emballée par notre nouvelle demeure et me le fait sentir. Heureusement, je connais ses failles et lorsque je lui propose de profiter de notre dimanche après-midi pour aller sur la plage, elle retrouve vite son sourire.


~


— Ça gratte ! se plaint Lilly.


— C’est le sable, on va se doucher en rentrant et ça ira mieux.


Nous en avons bien profité. Je crois que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas accordée autant de détente en tête-à-tête avec Lilly.


— Maman, on ne va pas repartir, hein ?


Je jette un regard dans le rétroviseur et croise son expression triste.


— Non. Pas tout de suite en tout cas. Tant que je peux travailler ici, on pourra rester.


Elle n’est qu’à moitié convaincue. J’aimerais rester. Pour Lilly qui adore la mer. Pour moi qui aimerais arrêter de courir.

Une fois sur le parking, je sors de la voiture et époussette mon short et mon débardeur du sable qui s’accroche. Je regarde mon corps en me disant que j’ai bien bronzé depuis notre arrivée.


C’est agréable de pouvoir profiter du soleil mes jours de repos. Lilly commence à fatiguer et je la porte après avoir récupéré mon sac. Je crois que ces dernières vingt-quatre heures ont été épuisantes autant pour elle que pour moi.

Le temps de monter l’escalier, elle est déjà à moitié endormie.


J’avance pour rejoindre notre chambre quand j’aperçois un homme assis sur le sol, adossé à notre porte. Il a l’air d’attendre quelque chose et fixe la rue devant lui. Je m’arrête en me demandant si je devrais aller prévenir quelqu’un. Voilà pourquoi je déteste les motels.


On y croise toujours tout un tas de tordus et je ne suis jamais rassurée avec Lilly. Je vérifie que cette dernière est bien endormie et m’avance prudemment pour interroger la personne sur sa présence. Il n’a pas l’air d’être ivre, c’est déjà un bon point. En entendant mes pas, son visage se tourne vers moi.


Je manque de tomber à la renverse en croisant son regard. Ses iris sont d’un bleu si déstabilisant que j’ai l’impression d’y voir le reflet de mes propres souvenirs. Quant à ses cheveux blonds en bataille, ils lui donnent un air sauvage qui emballe mon cœur. Je ne crois pas avoir rencontré un homme aussi beau de ma vie.


Et lorsqu’il se redresse et que je distingue ses muscles rouler sous son tee-shirt, je déglutis en détestant ce qu’il me fait ressentir. Il est tout ce que je dois éviter. Une tentation qui ne m’est pas permise.


Maintenant qu’il est debout et me fixe, je commence à me demander si je n’aurais pas dû aller prévenir la réception tout compte fait. Si je dois courir avec Lilly dans mes bras, ça va être compliqué. Le fait qu’il m’observe si intensément ne m’aide pas à comprendre ce qu’il cherche.


Lorsqu’en plus, je me rends compte qu’il détaille mon corps avec un peu trop d’intérêt, je recule en espérant que ce cinglé ne va pas me courir après. En me voyant faire, il fait un pas en avant et je comprends que je vais devoir faire vite. Je fais demi-tour en puisant dans mes dernières forces après cette journée éreintante, mais quand sa voix retentit derrière moi, je me stoppe instantanément.


— Attends, Lina.


Je me retourne. Pas complètement, pour garder une marche de manœuvre.


— Comment connaissez-vous mon nom ?


Il semble embarrassé d’un seul coup et se frotte la nuque.


— En fait, Leslie m’a parlé de toi. Je suis Aiden.


J’en reste interdite. Voici donc le fameux Aiden ? Le méchant monsieur qui a tant fait pleurer Lilly ? Celui qui hurlait pendant que je tentais de calmer ma fille ? Je ne sais pas quoi répondre. Il avance de quelques pas avant d’ajouter :


— Je suis venu m’excuser pour ce matin. Je n’étais pas au courant que tu avais un enfant et quand je me suis retrouvé devant…


— Lilly.


— Lilly. Quand je l’ai vue, je n’ai pas bien réagi.


J’ignore quoi répondre. Son geste est appréciable, mais je pense que Leslie ne doit pas y être pour rien s’il est ici. Je me détends en comprenant que tout compte fait, je ne vais pas avoir besoin de courir.


— Merci, mais ne t’inquiète pas, je ne t’en veux pas. Leslie a abusé de votre gentillesse.


Il émet un rire.


— Oh, elle le sait. Crois-moi, je me suis chargé de lui faire comprendre.


Je me mords la joue pour cacher mon hilarité, mais reviens à moi en entendant Lilly gémir.


— On est arrivées ?


Je m’avance vers la porte en lui répondant :


— Oui, on y est.


Aiden se décale pour me laisser le passage. Je tente de me débattre avec mon sac pour chercher mes clés avec Lilly dans les bras, tout en disant à Aiden :


— En tout cas, merci d’être venu, mais ce n’était pas nécessaire. Je ne savais pas non plus que Leslie vous avait joué ce tour.


Je continue de trifouiller dans mon sac au milieu des tétines, paquets de gâteaux, doudou et changes de Lilly alors que je n’arrive pas à mettre la main sur ces foutues clés. Aiden attrape la bandoulière du sac et la soulève.


— Tu permets ?


Je me débats en disant :


— Non, c’est bon, je vais m’en sortir.


Il croit que je l’ai attendu pour…


— Merde !


En m’agitant de la sorte, mon sac a glissé et il est maintenant renversé sur le sol. Je ferme les yeux en essayant de calmer la colère qui monte quand Lilly se redresse.


— T’as dit un gros mot !


Je serre les dents, j’en ai beaucoup d’autres qui me viennent à l’esprit. Aiden se baisse pour ramasser le contenu du sac et me tend le trousseau. Lorsque Lilly se rend compte de sa présence, elle tourne son regard vers lui. La seconde suivante, elle émet un cri perçant en me serrant le cou si fort, qu’elle m’étouffe pratiquement.


— Maman ! C’est le méchant monsieur !


Je n’en peux plus. Je veux rentrer dans cette foutue chambre. Je veux qu’Aiden s’en aille et prendre une douche ! Aiden a un sourire crispé face à Lilly et se tourne avant d’enfoncer la clé dans la serrure. Lilly l’observe, cramponnée à mes bras. Je la rassure quand enfin la porte s’ouvre. Je rentre à l’intérieur et pose Lilly sur le lit qui néanmoins refuse de me lâcher.


— Tout va bien Lilly, le monsieur s’en va.


Elle se détend légèrement, juste assez pour que je me libère. Lorsque je me retourne, Aiden est entré. Il n’est pas gêné celui-là. Il me tend mon sac que je prends.


— Merci.


Il hoche la tête, sans pour autant partir et jette un coup d’œil à Lilly avant de revenir à moi à plusieurs reprises. Il ne bouge pas et je commence à perdre patience. Il faut que je lui dise clairement qu’il est temps qu’il s’en aille ?


— Je… écoute, commence-t-il, Leslie m’a dit que tu travaillais au Starbucks, ça ne paye pas grand-chose. Tu vas te ruiner si tu dois rester ici pendant un mois.


— Trois.


Je ne devrais pas lui dire, mais Leslie a trop abusé.


— Quoi ?


— Ils ont dit qu’il y en aurait pour trois mois.


Il baisse les yeux et crache dans un murmure :


— Putain, la garce.


— Gros mot !


Lilly a lancé sa réplique favorite avant de se cacher derrière un coussin devant le regard surpris d’Aiden. Elle ne l’aime pas beaucoup, mais ne se prive pas de lui rappeler son niveau de vocabulaire. Il rit et lui dit :


— Elle le mérite.


— C’est pas beau les gros mots.


Il sourit sans répondre. Cette expression adoucit tendrement son visage et il en devient encore plus craquant. Je me reprends, il n’est pas question de m’égarer.


— Bon Aiden, tu devrais y aller, je ne compte pas revenir.


Je le contourne et me place à côté de la porte afin de l’inciter à nous laisser. En me voyant faire, il dit :


— Mais tu ne vas pas…


— Je suis une grande fille. Je ne vais pas rester trois mois chez vous, je me suis toujours débrouillée et je vais continuer à le faire. Donc s’il te plait, je suis fatiguée et ma journée n’est pas encore terminée.


Ses yeux se plantent dans les miens. Je n’aime pas la sensation qu’il déclenche en moi. Je me sens vulnérable, mais c’est une chose que je ne peux pas me permettre, alors je lui fais un signe pour l’inciter à sortir.


— Aiden.


Il comprend que je n’ai plus la patience et se tourne vers Lilly qui se protège toujours avec un coussin qu’elle serre contre elle. Quand il passe enfin la porte, j’étouffe le soupir de soulagement qui me guette, mais il se retourne avant que je n’aie le temps de refermer.


— Si tu changes d’avis, tu…


Je claque la porte avant qu’il n’ait fini sa phrase. J’en ai ras le bol. Tant pis pour les bonnes manières. Lorsque je m’adosse à la porte, Lilly pose son coussin bouclier à côté d’elle et me regarde bizarrement.


— Qu’est-ce qu’il y a ?


— Pourquoi tu rougis quand le monsieur te regarde ?


Je laisse un grognement sortir et m’avance vers la salle de bain.


— À la douche.


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