A lire: Découvrez les premiers chapitres de Toi. Moi. Et les étoiles

©Nelly Weaver, 2017.
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Il y a des êtres dont c’est le destin de se croiser. Où qu’ils soient. Où qu’ils aillent. Un jour ils se rencontrent

Claudie Gallay

Prologue

Ethan

14 ans plus tôt

J’ai faim, tellement faim et maman dit que je ne suis qu’un ventre sur patte. Que je devrais être content qu’elle me garde, parce que je ne sers à rien. J’ai envie qu’elle comprenne que je peux servir à quelque chose pour qu’elle m’aime. Moi je l’aime. Alors je vais chercher à manger. J’ai vu cette maison hier avec plein de fruits dans le jardin. Des pommes, des poires, c’est bon les poires. J’aime leur goût et le jus qui coule quand on croque dedans. Je regarde au-dessus du muret pour être sûr qu’il n’y ait personne et grimpe par-dessus. C’est une jolie maison. Pas comme la nôtre. La nôtre est toute abimée et poisseuse. Cette maison doit sentir bon, elle. Je vois les poires et je m’approche sous l’arbre. Des dizaines de fruits sont tombés au sol. J’en attrape un et croque dedans. C’est bon, tellement bon. Mon ventre grogne depuis deux jours, mais je n’ai réussi à manger que le fond du paquet de céréales qu’il restait dans le placard. Je tire sur mon tee-shirt pour y mettre des fruits. J’aurais dû prendre quelque chose pour en ramasser plus, mais je n’y ai pas songé. Maman dit que je suis bête. Elle a peut-être raison, sinon, j’y aurais pensé.

— Hey, je peux savoir ce que tu fais ?

Je sursaute et laisse tomber les poires. Une grande femme me regarde les bras croisés. Elle a l’air en colère, elle va me gronder et peut-être même me frapper. J’ai peur. Je recule d’un pas prêt à m’enfuir, quand je l’aperçois. Une petite fille est cachée derrière la jambe de sa maman. Une main posée sur son épaule, je crois que sa maman veut la protéger. De moi. Parce que je ne suis qu’un méchant garçon. La petite fille est aussi blonde que cette dame, mais ce qui attire le plus mon regard, ce sont ses yeux. Des yeux d’un bleu presque translucide. Elle s’écarte de cette dernière en me regardant, et croque dans un gâteau. Mon ventre grogne rien qu’à la voir faire. Ça a l’air bon, tellement bon. Elle regarde sa maman et lui sourit une seconde, avant de faire un pas vers moi. Elle n’est pas en colère comme sa maman, et elle est plus petite que moi, alors je n’ai pas peur. Je sais me défendre. Elle s’arrête devant moi et me tend un des gâteaux qu’elle tient dans sa main.

— Tu veux bien partager avec moi ?

Je regarde le gâteau qu’elle me tend, me demandant où est le piège. Forcément. Quand les gens me voient, ils me crient dessus, me frappent, ils ne sont pas gentils. Jamais. Je ne sais pas quoi dire, alors j’attends. Même si je meurs d’envie d’attraper ce gâteau et de n’en faire qu’une bouchée.

— Si tu n’en veux pas, on peut le donner aux oiseaux.

Elle est folle ? Je l’attrape et le mange. C’est un gâteau au chocolat, c’est tellement bon. Ce goût sucré est un délice. J’en veux encore, mais je n’ose pas le lui demander. Elle sourit en avalant la dernière bouchée de son gâteau et sa maman se rapproche. Je me recule d’un pas, mais celle-ci s’accroupit à côté de la petite fille en levant une main.

— N’aie pas peur. Moi c’est Samantha, et voici Livie. Comment tu t’appelles ?

Je mets mes mains dans mes poches, nerveux. Elle est gentille, elle ne crie pas.

— Ethan.

Elle sourit et je la trouve vraiment jolie cette dame.

— Bonjour Ethan, dis-moi, j’allais donner un verre de lait à Livie et il y a d’autres gâteaux. Ça te dirait de venir prendre le goûter avec nous ?

Oui. J’ai envie de crier oui, mais je regarde autour de moi en me demandant ce qui ne va pas. Ce n’est pas normal, tout ça est trop bizarre.

Elle se lève et prend la petite Livie par la main en se retournant.

— C’est comme tu veux. Tu peux rentrer, on t’attend dans la cuisine.

Livie avance derrière sa maman en me regardant, et fait un signe de la main pour m’inciter à les suivre. Je les regarde entrer dans la maison, incapable de comprendre ce qu’il vient de se passer. Je pourrais partir. Attraper quelques poires et partir. Je me baisse et ramasse quelques fruits, mais au moment de m’en aller, je regarde la porte-fenêtre restée ouverte. Je repense à cette maman qui avait l’air si gentille, et je me dis que moi aussi j’aimerais une maman comme ça. Alors, je pourrais y aller. Juste pour voir ce que c’est. Juste… un p’tit peu. Tout doucement, je m’avance vers la terrasse et monte les escaliers. Je les observe à la dérobée. La petite fille est assise et me regarde, pendant que la femme a posé une assiette de gâteaux et deux verres de lait sur la table. J’ai le cœur qui bat très fort et je reste là, à les épier, sans savoir ce que je suis censé faire. Livie saute de sa chaise et s’approche de moi. Quand sa main attrape la mienne, je sais que je vais entrer et j’ai très peur. Alors je serre sa main plus fort. Parce que même si j’ai très peur, je n’ai pas envie de partir.

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